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Comédien et metteur en scène, Laurent Dupont étudie les Lettres à la Sorbonne, la danse auprès de Dominique Dupuis et le chant avec Iva Barthélémy à Paris. En 1980, il fonde la compagnie de théâtre musical TAMteatromusica à Padova (Italie) et privilégie dans son écriture scénique les recherches visuelles et sonores autour de la voix.

En 92, il présentait « Archipel », dans le cadre de « Ricochets » première biennale d’arts vivants destinée aux enfants de 0 à 6 ans, était présent avec « Al di la » à la première édition des « Premières rencontres ». « Plis/sons », « Le banquet de la mandibule », « Pierre au bois de terre » et « Moi seul », présentée dans le cadre de cette quatrième édition des « Premières Rencontres », comptent parmi ses créations les plus récentes.

« Offrir des moyens pour reconstituer un tissu social fragmenté »

Comment nourrissez-vous votre inspiration pour mieux vous réinventer sans cesse ?

Je rebondis d’une création à l’autre, par exemple « Moi seul » qui questionne l’identité culturelle et sociale suivant les contextes a été conçue avec les « grands frères » des tout jeunes spectateurs. Mon regard s’est déplacé du petit vers l’adolescent que je désire rencontrer aujourd’hui d’une autre manière. Ma spécificité, s’il en est une, est d’entrer en collaboration avec des compagnies et des disciplines différentes. Les thématiques proposées sont autant de stimulants qui alimentent ma recherche. Pendant les tournées, les idées murissent par intuition, je leur laisse le temps, je les pose, je peux attendre longtemps avant de les mettre en œuvre.

Comment tisser un lien entre tout-petits et adolescents ?

Je suis actuellement en laboratoire. Je cherche à mettre en miroir ces deux seuils de la vie, qui sont sujets à transformations du corps, de la parole, du rapport au monde. Mon travail, pour le moment, consiste à proposer aux adolescents des performances qui les obligent à réagir avec leur propre langage corporel, verbal et graphique. Deux œuvres fondatrices soutiennent cette exploration, celle du « Minotaure » de Dürrenmatt et « Antigone » de Sophocle. La première questionne le corps/animal, la deuxième le corps social. Ces deux questions sont au cœur de la construction des tout-petits et des adolescents. Comment chacun y répond-il ? Par d’incessants aller/retour entre ces deux âges de la vie, je cherche à mettre en évidence des correspondances. Qu’est-ce qu’il va ressortir de tout ça, je ne sais pas encore. Nous y travaillons avec mon équipe artistique, qui est composée d’un plasticien, d’un créateur sonore et de deux danseurs, un homme et une femme.

Quel est votre engagement social ?

Le tissu social est fragmenté, nous pouvons contribuer à travers nos actions culturelles à reconstituer des liens. Les populations avec qui nous travaillons sont en perpétuelle transformation. Il leur est impossible de répondre à la pression sociétale qui les oblige à devenir. Comment devenir quand on n’a pas encore compris ce qu’on est. Notre rôle est d’offrir le moyen de se retrouver à travers des modes de communication sensible, qui ouvrent une soupape à une « cocotte-minute » prête à imploser.

Propos recueillis par Dominique Duthuit