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Metteur en scène d’A Fleur d’eau et des spectacles du  Praxinoscope, compagnie qu’il a fondée en 1995 sous le nom de «Compagnie Espiègle », Vincent Vergone est un précurseur de la  création de spectacles pour les tout-petits. Ses créations  théâtrales portent l’empreinte de son parcours de plasticien et se  situent souvent dans un entre-deux entre installation et spectacle vivant. Sculpteur, metteur en scène, réalisateur de courts- métrages, créateur de spectacles d’images, Vincent Vergone est un artiste aux moyens d’expression multiples. L’unité de son œuvre  se révèle dans l’intérêt qu’il porte de manière générale à l’image, qu’elle soit plane ou en volume, fixe ou animée.
A la recherche d’une «culture naturelle »
Depuis plus de 15 ans, vous créez pour les enfants des paysages qui les ouvrent à tous les arts populaires ou savants.  Comment évolue votre travail ?

Je suis d’abord un sculpteur, qui travaille autour de la lumière et des visages. Quand on sculpte, arrive toujours le moment où on se pose la question du stockage des œuvres, de ce qu’on désire en faire. Je me suis très vite rendu compte que ma place n’est pas dans les galeries, mais dans la vie, avec les gens, là où il y a un vrai besoin de culture.
Quand j’ai commencé, il n’y avait rien pour les très jeunes  enfants, on disait même qu’en dessous de trois ans l’art était mauvais pour leur santé mentale : nous avions tout à inventer, ce champ artistique était en friche. Je leur ai présenté et je leur présente toujours des spectacles de poésie. Pour moi l’art n’est pas un loisir, il répond à la nécessité d’une relation intime et profonde  entre des êtres humains.
Aujourd’hui, j’arrive à une période charnière dans mon processus créatif. Jusqu’à présent,  mes images (ombres, dispositifs  de projection, plaques de lanterne magique) prenaient vie au cours de la représentation, maintenant, je les travaille en amont, je fabrique des appareils pour réaliser mes films en pellicules grattées, je collabore avec un monteur, en mêlant des techniques de projection artisanales à des outils numériques. Mes projets sont de plus en plus atypiques, comme la Mirabilia, ou mon dernier spectacle « Rivages d’outre-monde », créé avec d’autres artistes, ce sont de nouvelles ouvertures.
Faîtes-vous partie d’une famille d’artistes qui obéit à un même mouvement de pensée ?
Tout artiste par définition a une responsabilité citoyenne. Il doit sans cesse se réinventer pour prendre en charge la question du renouvellement de la culture. Nous traversons aujourd’hui un basculement culturel dû à une révolution technologique sans précédent qui modifie notre rapport au monde. Comme le rappelle Lévi Strauss, nous avons hérité de valeurs, de modes de vie et de pensée, qui nous viennent de la révolution du néolithique mais ne correspondent plus au monde d’aujourd’hui.
Comment aborder cette crise de la culture? Pour reprendre ce que dit Gilles Clément, botaniste, entomologue et écrivain, il nous appartient d’être « les jardiniers du monde », c’est à dire chercher une relation symbiotique avec la nature, plutôt que de persister aveuglément dans une civilisation qui court à sa perte. Je  suis confiant, il y a de plus en plus de jeunes lucides et très  engagés. D’un point de vue artistique, je vois émerger  une génération d’artistes novateurs comme Benoît Sicat ou la compagnie Skappa qui travaillent sur ces questions de fond : comment  creuser notre lien au vivant, et dès lors quelle nouvelle culture inventer?
Quelle culture désirez-vous offrir aux tout-petits ?
Le fait de travailler avec les tout-petits nous met face à ce dilemme : la culture doit elle servir à domestiquer les enfants, les faire rentrer dans le moule, ou bien ne nous appartient-il pas de cultiver en eux ce qui est sauvage, libre, insaisissable ? Cela implique que nous changions radicalement notre manière de nous considérer en tant qu’êtres humains, il nous faut comprendre que la culture est une émanation de notre nature humaine, accepter que nous appartenons à la nature et non l’inverse. La question est donc de cesser de lutter « à contre-nature » mais de chercher enfin une connivence. Pour nous les artistes il s’agit de travailler à une culture qui soit en accord avec notre nature et celle du monde : une culture naturelle.
Propos recueillis par Dominique Duthuit
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